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"20 ans d'expérience et de connaissances accumulées"

Dr Laplante

Interview du docteur Jean-Jacques Laplante co-responsable, avec le Professeur Jean-Charles Dalphin, pneumologue au CHU de Besançon, du réseau Pappa.

Quelle est l’origine de la collaboration entre la MSA et l’université de Besançon sur les pathologies respiratoires professionnelles ?
Jean-Jacques Laplante : L’histoire commence en 1985 par une démarche du service de pneumologie du CHU auprès de la MSA. Celui-ci met en avant le fait que de nombreux agriculteurs franc-comtois sont hospitalisés pour des raisons, non pas de cancer du poumon, mais d’insuffisance respiratoire. Alors très rapidement à l’époque, avec le Professeur de pneumologie, Alain Depierre, dans le département du Doubs, nous couplons un programme de dépistage des problèmes respiratoires avec les examens de santé de la MSA. Lorsque les agriculteurs et salariés agricoles y sont invités – et nous avons un bon taux de participation dans le département, sont présents en plus de l’équipe habituelle, un pneumologue et un ou deux étudiants en médecine. Sont ajoutés aux examens prévus au protocole des analyses biologiques supplémentaires pour dosage des anticorps et un test d’exploration fonctionnelle respiratoire. Ce dispositif reçoit un écho favorable chez les assurés qui ne comprennent pas toujours la suppression de la radiographie pulmonaire systématique. Immédiatement on se rend compte qu’effectivement sur les plateaux et au fur et à mesure que l’on atteint les zones plus montagneuses, le taux de personnes atteintes d’affections respiratoires augmente. La présence des pneumologues à nos examens de santé s’est poursuivie pendant une dizaine d’années.

 

La population touchée par les examens de santé représentait-elle un échantillon adapté à la recherche ?
J-J.L. : Jusqu’en 1996, où un nouveau protocole d’examen de santé MSA a été mis en place et bâti en fonction de tranches d’âge cibles, tous les agriculteurs et salariés agricoles volontaires de 16 à 65 ans bénéficiaient tous les 5 ans d’un examen de santé ce qui permettait de suivre régulièrement les personnes dépistées. Ce sont essentiellement dans les zones et de production de fromages au lait cru qu’on recrute les agriculteurs malades. Ils sont éleveurs laitiers de montagne, de zones pluvieuses, avec des troupeaux nourris l’hiver de fourrages engrangés. Ainsi en Franche-Comté comme en Auvergne ou en Savoie, en Irlande, au Canada ou un Italie du Nord., ils peuvent être victimes de ces pathologies pulmonaires professionnelles. Les salariés agricoles d’exploitation travaillant dans les mêmes conditions sont évidemment touchés également, et quelques inséminateurs ou salariés de coopératives d’approvisionnement ou fromagers en particulier cavistes.

 

D’autres programmes de dépistage ont-ils été conduits depuis 1996 ?
J-J.L. : Avec l’organisation d’examens de santé par tranches d’âge, le dispositif mis en place pour le dépistage des malades est devenu plus complexe, nous avons alors changé de méthode. Nous avons mis en place des suivis de cohortes de 5 ans en 5 ans. Des groupes de 400 agriculteurs ont été constitués avec des groupes témoins de 400 salariés non exposés selon des thématiques différentes comme l’observation du séchage en grange ou de l’allergie…. La MSA, quelquefois avec l’appui de ses délégués,  les repère, les convoque dans les mairies (en dehors des invitations aux examens de santé) où ils sont vus par des pneumologues qui étudient l’évolution de leur santé sur le plan respiratoire. Les résultats de ce suivi nous permettent de renvoyer des informations aux agriculteurs et de faire avancer les méthodes de prévention en connaissant mieux, par exemple, les types de fermes les plus exposées.

 

Pourquoi avoir constitué l’an dernier le réseau Pappa ?
J-J.L. : Nous avons maintenant 20 ans d’expérience, de connaissances accumulées sur ces pathologies. Beaucoup de malades franc-comtois ont bénéficié de ces acquis scientifiques mais pas tous. Notre objectif, avec Jean-Charles Dalphin, c’est que chacun puisse disposer de la meilleure information, du meilleur traitement et des meilleures mesures de prévention. Aussi après avoir travaillé en fait en réseau informel pendant des années, nous avons déposé en septembre 2005 une demande de financement au titre de la Dotation régionale de développement des réseaux (DRDR). En janvier 2006 le dossier est accepté par l’Urcam et l’ARH, en mars de la même année le coordonnateur recruté. Il a fallu ensuite faire connaître l’existence du réseau à tous les professionnels de santé (médecins traitants, pneumologues, allergologues) car leur rôle est primordial pour diagnostiquer la maladie et sensibiliser le public. Des courriers leur ont été envoyés, des contacts pris, des réunions organisées et des documents d’information sur ces pathologies et les possibilités offertes par le réseau tant au plan de la prévention que de la prise en charge (consultation d’un médecin du travail, visite d’exploitation par le conseiller de prévention…) leur ont été adressés. Des livrets Pappa ont ainsi été diffusés auprès des 1.200 généralistes et spécialistes concernés dans la région. Le réseau Pappa est actuellement dans sa phase de montée en puissance. 

 

Propose recueillis par Marie-Luce Gazé Desjardins

Information sur la publication

(Source : CCMSA - Communication Bimsa)

Mis à jour le : 25-02-2010publié le : 25-02-2010

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